Points de repère à l’intention des personnes aux prises avec un deuil
Mieux-être

Points de repère à l’intention des personnes aux prises avec un deuil

Écrit par Jean-Luc Hétu

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Un jour ou l’autre, nous sommes tous appelés à perdre un être cher. Si vous vivez un deuil, ces quelques conseils avisés pourront vous aider à traverser cette période exigeante.

  1. Il y a une lumière au bout du tunnel

L’expérience du deuil peut être très éprouvante, il n’y a pas de doute là-dessus. Mais des milliers de personnes s’en sortent à chaque année. Vous pouvez être du nombre si vous mettez les chances de votre côté. Les lignes qui suivent sont écrites pour vous aider dans ce sens.

  1. En cas de besoin, faites-vous aider

Si vous avez des idées de suicide, appelez tout de suite le centre de prévention du suicide de votre région, au 1-866-277-3553. Vous devriez demander de l’aide si vous vous sentez émotivement perturbé et si vous sentez que vous pourriez perdre le contrôle et poser un geste que vous regretteriez par la suite, ou encore si vous êtes porté à vous tourner vers l’alcool, la drogue ou les médicaments quand vous sentez que le poids de votre deuil est trop lourd.

  1. Il est normal d’éprouver des émotions fortes

Il est normal de se sentir engourdi et en état de choc, d’éprouver beaucoup de colère ou de culpabilité, ou encore de sentir un grand vide dans sa vie. Cela peut faire peur mais c’est normal.

  1. Ne fuyez pas la douleur

Si vous avez mal, c’est un signe que vous êtes en train de faire face à la situation. Essayez de voir la souffrance comme un processus de guérison ou d’adaptation. Si vous tentez de la fuir, elle va revenir tôt ou tard.

  1. Nourrissez-vous bien

Il est particulièrement important de bien vous nourrir, dans une période où votre corps a besoin de toute son énergie. Buvez de huit à dix verres d’eau par jour, mangez des fruits et des légumes, des céréales, des patates et des pâtes, et réduisez votre consommation de café, de sucre et d’alcool.

  1. Les pertes anciennes

Votre perte actuelle peut réactiver une vieille perte, comme le décès d’un parent ou celui d’un bébé. C’est un phénomène normal et il faudra vous faire attentif à cette perte ancienne aussi.

  1. Vous êtes quelqu’un de bien

Vous vous croyez peut-être moins bon qu’avant. Ces idées sont souvent provoquées par la détresse qui accompagne votre perte. Ne vous accusez pas de tous les maux. Sous votre détresse actuelle, vous êtes quelqu’un de valable du simple fait que vous existez et que vous consentez à continuer à vivre.

  1. Donnez-vous du temps

Il va vous falloir un certain temps pour retrouver pleinement votre joie de vivre. Donnez-vous ce temps, et préparez-vous à vivre des hauts et des bas. Vous pouvez vous sentir plus mal que la semaine dernière, mais ça ne veut pas dire que vous êtes rendu moins loin que la semaine dernière. Résistez aux pressions de ceux qui voudraient que vous vous adaptiez instantanément. Vous avez le droit de cheminer à votre rythme et à votre façon.

  1. Respirez profondément

Prenez de grandes respirations, à partir de l’abdomen. Profitez-en pour vous étirer. Les respirations sont le mouvement de la vie. En respirant, répétez-vous: Je suis en paix. Je vais survivre. Même si le coeur n’y est pas, faites de l’exercice. Prenez des marches, faites vos emplettes à pied si c’est possible. Continuez à faire le ménage si vous le faisiez avant.

  1. Reportez les grandes décisions à plus tard

Lorsque c’est possible, reportez les décisions importantes à plus tard et évitez les situations et les personnes compliquées. Votre jugement est peut-être encore un peu embrouillé et votre organisme a encore beaucoup de choses à digérer. Si vous avez une auto, conduisez très prudemment. Pour les grandes décisions, prenez les conseils de proches en qui vous avez confiance. Tentez de vous apprivoiser à leurs conseils et d’en soupeser le pour et le contre. Vous finirez par découvrir ce qui a le plus de chances de vous convenir vraiment.

  1. Laissez-vous gâter

Ayez la simplicité de vous laisser aider et même de prendre les devants en disant à vos proches comment ils peuvent vous aider. Téléphonez-leur. Invitez-les pour un café ou mieux, faites-vous inviter à souper! Gâtez-vous: un bain chaud, une petite collation, l’achat d’un objet ou une sortie que vous vouliez vous offrir depuis longtemps, un bon livre ou un bon film, un bouquet de fleurs…

  1. Revenez à vos croyances profondes

Revenez aux croyances qui vous ont aidé dans le passé, qu’elles soient de nature religieuse, philosophique ou poétique. Relisez des textes susceptibles de vous réconforter et de vous nourrir. La prière et la méditation peuvent aussi vous aider,

même si ces temps d’arrêt risquent de ramener à la surface des émotions ou des images douloureuses. Si celles-ci surviennent, laissez-les venir et repartir et continuez à faire le silence et la paix en vous, au rythme de votre respiration. Si vous faites une prière de demande, demandez le courage pour continuer votre chemin et la sagesse pour apprendre à partir de votre vécu.

  1. Prévoyez les périodes difficiles

Les dimanches sont les pires journées, il n’y a pas de doute là-dessus. Les Fêtes se situent tout de suite après et les samedis soir ne sont pas tellement mieux non plus. Essayez de prévoir des activités intéressantes pour ces moments-là, seul ou avec d’autres. Les anniversaires aussi peuvent être exigeants. Votre anniversaire de naissance et celui de la personne décédée. L’anniversaire de son décès, votre anniversaire de mariage… Essayez de voir comment vous voulez vivre cette journée et s’il y a lieu, avec qui vous voulez la passer.

  1. Les photos et les souvenirs

Si vous trouvez que les photos et les autres souvenirs matériels vous aident à cheminer   votre deuil, c’est correct. Si vous trouvez que cela vous nuit, rangez-les provisoirement hors de votre vue.

  1. Que faire de votre colère

Tout le monde réagit à la perte par la colère. Il faut toutefois éviter de tourner cette colère contre soi-même ou de s’en prendre aux autres. Frappez plutôt un oreiller, ou rendez-vous dans un endroit isolé et criez et jurez à votre goût, après qui que ce soit (ce n’est même pas nécessaire d’avoir une cible précise). Il se pourrait que le fait de ventiler ainsi votre colère vous évite des accrochages avec les autres, de même que des accidents et des maladies. Votre colère va diminuer progressivement.

  1. Que faire de votre culpabilité

Vous vous reprochez peut-être de ne pas avoir agi de la bonne façon. Il est normal de se sentir coupable, mais il y a des limites, parce qu’on peut se faire mal avec une culpabilité excessive. Le remède à la culpabilité, c’est le pardon. L’amour, la compréhension et le respect que vous auriez aimé continuer à recevoir de la part de la personne qui est morte, donnez-vous-les à vous-même.

  1. Il y a des gens dont le métier est de vous aider

Beaucoup de gens ont été formés pour vous aider: travailleurs sociaux, psychiatres, psychologues, etc. Si vous vous sentez déprimé pour une durée qui vous semble anormale, n’hésitez pas à consulter un spécialiste. Dans certains cas, une médication pourrait vous aider. Si après six mois, vous ne vous sentez toujours pas en mesure de fonctionner correctement dans votre quotidien, demandez de l’aide. Vous devriez le faire si vous n’avez pas retrouvé l’appétit ni le sommeil, si vous n’avez plus d’énergie ni d’intérêt pour ce qui vous procurait autrefois du plaisir ou si vous êtes aux prises avec des pensées irrationnelles ou suicidaires.

  1. La thérapie par le rire

Le rire est l’une des meilleures thérapies. Louez un film drôle, lisez un magazine d’humour, parlez aux gens qui vous font rire, demandez qu’on vous raconte des histoires drôles. N’ayez pas peur de rire des aspects comiques de votre deuil. La personne décédée ne vous en voudra pas de rire de ses petits travers. Elle serait probablement contente de voir que vous continuez à vivre et que vous vous souvenez d’elle avec plaisir. Et rappelez-vous cette maxime: Bienheureux les gens qui savent rire d’eux-mêmes: ils n’ont pas fini de s’amuser!

  1. À mesure que votre deuil progresse

Au fil du temps, vous allez constater que votre jugement devient plus pénétrant et plus fiable, que votre concentration et votre mémoire s’améliorent, que vous avez davantage le goût d’être avec les autres, de les écouter et de faire des choses pour eux, que vous vous sentez plus fort et plus indépendant, bref, que vous avez retrouvé le goût de vivre. Savourez ce sentiment de vous sentir stimulé par l’inconnu qui vous attend.

  1. Le temps du pardon

Peut-être avez-vous des reproches à faire au défunt. Peut-être est-ce à vous-même que vous avez des reproches à faire. Dans tous les cas, vous sentirez un jour que vous avez atteint le temps du pardon. Lorsque vous vous sentirez prêt, une bonne façon de procéder consiste à écrire une lettre dans laquelle vous mentionnerez les reproches que vous avez à lui faire et l’impact que ces torts ont eu sur vous. Vous lui direz ensuite que vous lui pardonnez de tout coeur et que vous voulez conserver de lui la plus précieuse des images. S’il s’agit de vos propres erreurs, mentionnez-les, en ayant la simplicité d’ajouter les circonstances atténuantes s’il y a lieu, et demandez-lui pardon du fond du coeur, en lui disant que son pardon vous aidera à vous pardonner à vous-même. Conservez cette lettre pour la relire à l’occasion. Si vous avez un confident

ou une confidente dont la discrétion vous est assurée, vous pouvez aussi lui lire votre lettre, même si cela vous fait pleurer. Cela fait aussi partie de votre parcours de deuil.

  1. Un nouveau chapitre commence

Un nouveau chapitre de votre vie commence ou il est commencé depuis quelque temps sans que vous ne vous en soyez aperçu. Vous êtes maintenant prêt à effectuer les changements qui s’imposent. C’est peut-être le temps de faire un peu de ménage dans les objets qui vous entourent, de redécorer votre logement, de vous acheter de nouveaux vêtements ou de nouvelles choses, de faire de nouveaux contacts ou d’en reprendre des anciens, de développer de nouveaux intérêts et de nouvelles activités ou de renouer avec des choses que vous aimiez faire dans le passé (en dosant les choses que vous faites seul et celles que vous faites avec d’autres).

  1. Les émotions qui surprennent

Il se peut que certaines scènes, certains événements ou certaines chansons vous fassent revivre des émotions fortes, ou que ces émotions vous surprennent à l’improviste. Ce phénomène est normal et devrait s’atténuer au fil des ans.

  1. La chance de vivre

Le deuil d’un être aimé nous rend davantage conscients du caractère précieux de la vie et davantage capables de compassion. Savourez ce privilège d’avoir connu et aimé cette personne et d’en avoir été aimé de retour et vivez avec le plus de sagesse, de courage et de générosité possible, de manière à honorer sa mémoire.

 

Jean-Luc Hétu est gérontologue et auteur. Ce texte est un extrait du livre Guide des proches aidants, l’accompagnement des aînés à domicile publié chez Groupéditions Éditeurs.